Santé & blessures · carte n°77

Tennis elbow : la cause n'est ni le coude ni la raquette, c'est ton revers

Lecture : 3 min · basé sur la recherche, sources en bas de page

10 à 40 %. C’est la part des joueurs de tennis qui se cognent un tennis elbow au cours de leur pratique, quand seulement 1 à 3 % des adultes le connaissent dans la population générale. Autrement dit : la raquette n’est pas un détail. Mais contrairement à ce qu’on croit, le vrai coupable n’est ni ton coude, ni le cordage trop tendu — c’est ton poignet, pendant ton revers. Et un capteur posé sur tes muscles (l’EMG) le prouve chiffre à l’appui.

Là où ça casse n’est pas là où tu forces

Le tennis elbow, c’est l’inflammation de petits tendons (les cordes qui relient les muscles aux os) accrochés sur le côté extérieur du coude. Sauf que ces tendons ne servent quasiment pas à bouger le coude : ils commandent ton poignet. Donc chaque fois que ton poignet force, la tension remonte la corde et tire sur son point d’attache… au coude.

Schéma en trois étapes : un poignet cassé au revers sur-sollicite le tendon, qui transmet le stress jusqu'au coude où naît la douleur

Imagine une corde à linge tendue entre deux poteaux. Tu tires fort au milieu (le poignet), mais c’est toujours à l’attache (le coude) que ça finit par lâcher. La douleur apparaît là où c’est le plus fragile, pas là où tu forces. C’est pour ça que changer de raquette ou baisser sa tension de cordage soulage un peu les vibrations, mais ne règle jamais le fond du problème.

13° contre 23° : ce que l’EMG mesure vraiment

En 1994, Blackwell et Cole ont branché des capteurs sur les muscles d’amateurs et d’experts, sur le même revers à une main. La différence ne tient pas à qui contracte le plus fort, mais à quand et dans quel sens le poignet bouge à l’impact. Voici les métriques qui comptent :

Comparaison de l'activité musculaire au revers : chez l'amateur les extenseurs du poignet sont très sollicités, chez le pro c'est l'épaule et le tronc qui travaillent

  • Poignet de l’expert : ~23° d’extension. Tendu vers l’arrière à la frappe, il continue de s’étendre : les extenseurs travaillent « dans le bon sens ».
  • Poignet de l’amateur : ~13° de flexion. Cassé vers l’avant, il plie encore à l’impact : les extenseurs sont étirés alors qu’ils poussent (contraction dite excentrique).
  • Le verdict : la contraction excentrique fait le plus de micro-déchirures. Un muscle qui force pendant qu’on l’allonge, c’est le pire scénario pour un tendon.

Résultat : à coup égal, le geste de l’amateur use ses tendons bien plus vite. Ce n’est pas qu’il joue plus, c’est qu’il tape mal. C’est le même principe que la pronation au service : le bon mouvement protège l’articulation, le mauvais la martyrise.

(Les niveaux d’activité musculaire de l’illustration sont schématiques : les valeurs exactes varient d’une étude à l’autre — voir sources.)

Corriger le geste, soulager le matériel

Le fond du problème est technique, mais deux réglages aident aussi. Côté geste : frappe avec tout le corps en tournant les épaules plutôt qu’en fouettant du poignet, et garde le poignet ferme et fixé au contact (ni mou, ni cassé). Un revers qui part du corps répartit l’effort ; un revers « du poignet » concentre tout le stress sur une poignée de petits tendons pas faits pour ça.

Côté matériel : desserre ta prise entre les frappes pour ne pas crisper l’avant-bras en permanence, et vise le centre du tamis. Frapper à côté du sweet spot fait remonter davantage de vibrations dans le bras — un cordage moins tendu et une raquette pas trop rigide amortissent le reste. Mais retiens l’essentiel : c’est le poignet cassé, pas la raquette, qui allume la mèche.

Questions fréquentes

Si j'ai mal au coude, pourquoi parler du poignet ?

Parce que la douleur et la cause ne sont pas au même endroit. Le tennis elbow, c'est l'inflammation des tendons qui s'attachent sur le côté du coude. Mais ces tendons commandent surtout ton poignet. Quand tu « claques » ton revers avec le poignet au lieu de laisser tout le bras et l'épaule bosser, ce sont ces tendons qui encaissent tous les chocs à chaque frappe. Le coude n'est que le bout de la corde qu'on tire trop fort : c'est là que ça casse, mais la tension vient d'ailleurs.

C'est vraiment une histoire de technique ou juste de trop jouer ?

Les deux, mais la technique change tout. Les études qui mesurent l'activité des muscles (l'EMG, un capteur qui lit le signal électrique du muscle) montrent que les amateurs frappent le revers le poignet cassé vers l'avant, ce qui étire leurs extenseurs pendant qu'ils forcent — le pire scénario pour le tendon. Autrement dit, à coup égal, un débutant fatigue bien plus ses tendons du coude. Donc oui, jouer beaucoup aide à déclencher le problème, mais c'est surtout un mauvais geste répété des milliers de fois qui use tout.

Comment éviter le tennis elbow au revers ?

Trois réflexes simples : tourne les épaules et frappe avec tout le corps au lieu de « fouetter » du poignet ; garde le poignet ferme et fixé au moment du contact (pas mou, pas cassé) ; et desserre un peu ta prise de raquette entre les frappes pour éviter de crisper l'avant-bras en permanence. Une raquette pas trop rigide et un cordage pas trop tendu aident aussi à absorber les vibrations qui remontent au coude.

Sources scientifiques

  1. Blackwell JR & Cole KJ (1994). Wrist kinematics differ in expert and novice tennis players performing the backhand stroke: implications for tennis elbow. Journal of Biomechanics, 27(5), 509-516. — au revers à une main, les amateurs frappent la balle poignet fléchi (~13°) et continuent à fléchir, alors que les experts frappent poignet en extension (~23°) : chez l'amateur, les extenseurs du poignet subissent une contraction excentrique (étirement sous tension) à l'impact, un mécanisme associé aux micro-lésions tendineuses du tennis elbow
  2. Lateral Epicondylitis (Tennis Elbow) — StatPearls, NCBI Bookshelf (NBK431092) ; Anatomy of the Extensor Carpi Radialis Brevis, StatPearls (NBK539719) — le tennis elbow (épicondylite latérale) est une atteinte de dégénérescence/surcharge du tendon extenseur commun à son origine sur l'épicondyle latéral, principalement le tendon de l'extenseur radial du carpe (ECRB), muscle qui commande l'extension du poignet — d'où le lien entre douleur au coude et sollicitation du poignet
  3. Shiri R & Viikari-Juntura E (2011) et revues épidémiologiques ; StatPearls Lateral Epicondylitis (NBK431092) — dans la population générale, le tennis elbow touche ~1 à 3 % des adultes (surtout 35-50 ans) ; chez les joueurs de tennis, les études rapportent des fréquences bien plus élevées, de l'ordre de 10 à 40 % au cours de la pratique (valeur indicative, très variable selon l'âge et la fréquence de jeu)

Notre règle : chaque carte s'appuie sur des travaux publiés. Si un chiffre est un ordre de grandeur (il varie selon les études), on te le dit dans le texte.

Cette carte t'a appris un truc ?

Il y en a une nouvelle chaque semaine. Reçois-la par email, gratuitement.