Matériel & science · carte n°65
Quand changer son cordage de tennis ? Il perd 10 % dès la première nuit
Tu viens de faire recorder ta raquette et tu te demandes déjà quand il faudra remettre ça ? Première info à digérer : dès la première nuit, ton cordage a perdu autour de 10 % de sa tension, sans que tu aies frappé une seule balle. Ce n’est pas un défaut du cordeur : c’est de la physique des matériaux — et c’est elle qui donne la vraie réponse à la question « quand changer ».
Pourquoi ton cordage se détend-il sans que tu joues ?
Imagine un gros élastique que tu tends à fond autour d’une boîte et que tu laisses ainsi une semaine. Quand tu reviens, il est plus mou : il s’est relâché tout seul, juste parce qu’il est resté tendu longtemps.
Ton cordage fait pareil. On appelle ça le fluage (creep en anglais) : un matériau maintenu sous tension se détend petit à petit, même immobile. Et cette détente n’est pas régulière dans le temps.
À quelle vitesse la tension file-t-elle ?
Voilà le point clé : la chute n’est pas régulière. Dans les premières 24 heures, le cordage lâche vite — c’est là que tu perds la plus grosse part. Ensuite, la détente ralentit de jour en jour, jusqu’à atteindre, au bout de quelques semaines, un plateau où la tension ne bouge presque plus.
Autrement dit, la tension de ton premier match n’est déjà plus celle affichée sur la machine. Des ordres de grandeur (à confirmer selon le cordage) :
| Moment | Tension restante (environ) |
|---|---|
| À la sortie de la machine | 100 % |
| Après 24 h (avant de jouer) | ~90 % |
| Après 1 semaine | ~85 % |
| Après 1 mois | ~80 % et stable |
Quel cordage garde le mieux sa tension ?
Le matériau du fil change beaucoup les choses. Le boyau naturel, souple, est le plus « fidèle » dans le temps : il garde bien sa tension. Le multifilament joue l’entre-deux, confortable, avec une tenue moyenne. Et le polyester (le fameux « poly »), raide et costaud, est celui qui perd sa tension le plus vite.
Le paradoxe : beaucoup de joueurs qui frappent fort choisissent le polyester pour son côté nerveux… alors que c’est justement celui qui se détend le plus tôt. D’où l’impression que « la raquette est morte » au bout de quelques heures de jeu.
Alors, quand changer son cordage de tennis ?
La réponse honnête : quand il ne te donne plus le ressenti que tu aimes — pas à une date magique. Et pour repérer ce moment, évite trois pièges. Ne juge pas ta tension le jour même : laisse-la se poser une nuit. Si tu adores un ressenti précis, note quand tu l’as senti (jour 2 ? jour 5 ?) pour le retrouver au prochain recordage. Enfin, un cordage « mou » très vite n’est pas forcément mal posé : c’est peut-être sa nature (coucou le polyester).
Deux nuances avant de foncer chez le cordeur. Un cordage un peu détendu n’est pas un drame : moins de tension peut même donner plus de puissance. Et une raquette qui « sonne faux » ne veut pas toujours dire cordes fatiguées — une balle prise loin du sweet spot vibre et picote même sur un cordage tout neuf.
Retiens le film : chute rapide la première nuit (environ -10 %), ralentissement, puis plateau. Juge ton cordage après une nuit, pas à la sortie de la machine, et change-le quand ton ressenti préféré a disparu. (Les pourcentages sont des ordres de grandeur : la vitesse dépend du fil, de son épaisseur et de la température — à vérifier.)
Questions fréquentes
Mon cordage se détend même si je ne joue pas avec ?
Oui. Dès que le cordeur coupe la machine, les fils commencent à se relâcher tout seuls : c'est ce qu'on appelle le fluage. La plus grosse partie de la chute arrive dans les premières 24 heures, avant même ton premier échange. C'est pour ça qu'un cordage posé la veille au soir a déjà un peu bougé le lendemain matin.
Faut-il demander une tension plus haute pour compenser ?
Certains joueurs le font : ils demandent 1 à 2 kilos de plus que la tension qu'ils veulent vraiment ressentir, en sachant que ça va redescendre. Mais le plus simple, c'est de trouver la tension qui te plaît une fois qu'elle s'est stabilisée, et de la garder. Parler franchement de ton ressenti à ton cordeur vaut mieux que bricoler des calculs.
Quel cordage garde le mieux sa tension ?
Le boyau naturel est réputé pour garder sa tension longtemps et rester souple. Le polyester, à l'inverse, est raide mais perd sa tension plus vite. Le multifilament se situe entre les deux. Ce sont des ordres de grandeur : la marque et l'épaisseur du fil comptent aussi.
Sources scientifiques
- Tennis Warehouse University (Crawford Lindsey & Rod Cross), « How Tennis Strings Go Dead » et essais de laboratoire sur la perte de tension des cordages — un cordage perd l'essentiel de sa tension très vite après le posage (de l'ordre de 10 à 15 % dans les premières 24 heures) puis se stabilise
- Tennis Warehouse University, essais comparatifs matériaux (boyau naturel / nylon-multifilament / polyester) — tenue de tension — le polyester perd sa tension plus vite et plus fortement que le nylon/multifilament, lui-même moins bon que le boyau naturel (« polyester > nylon > gut » en perte de tension)
- Physique des matériaux — relaxation de contrainte (stress relaxation) d'un fil maintenu à longueur constante ; Cross & Lindsey, effet de la durée et de la température de tension — un fil maintenu tendu se relâche tout seul avec le temps, d'abord vite puis de plus en plus lentement (relaxation de contrainte, cousine du fluage)
Notre règle : chaque carte s'appuie sur des travaux publiés. Si un chiffre est un ordre de grandeur (il varie selon les études), on te le dit dans le texte.
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